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ON NOUS DONNE LA PAROLE

Incorrupt : la musique gagne le terrain urbain !
Publié le 20.12.2007

Le président de l’association présente brièvement les divers projets d’Incorrupt Records sur Drancy et ailleurs !

Pourquoi être basé à Drancy ?

Tout simplement parce que c’est la ville où la plupart des membres bénévoles de l’association sont nés. Nous y avons passé toute notre scolarité, de l’école primaire Perriot, en passant par le collège Pierre Sémard et le fameux lycée Eugène Delacroix. Nous en connaissons la vie sociale, les tensions entre les différents quartiers mais surtout les moyens qui peuvent être mis en œuvre pour atténuer cette violence gratuite, ces affrontements entre bandes rivales qui ne mènent à rien excepté le cimetière. Notre objectif est d'instaurer par la pédagogie et l'observation sur le long terme une fraternité drancéenne.
Nous ne sommes pas uniquement retranchés dans la ville de Drancy, nous avons nos contacts à Bobigny ou La Courneuve. Nous avons également des ateliers bénévoles dans diverses associations de Seine-Saint-Denis. Nous nous occupons par exemple des jeunes placés en foyers.

Et quels sont vos moyens ?

Une présence sur le terrain, appuyée par une solide connaissance des différents acteurs du "pouvoir local réel" : qui a le plus d’influence dans tel ou tel quartier, voire tel ou tel bâtiment etc. Nous évoquons bien ici le concept de "pouvoir local réel", en opposition aux pouvoirs publics qui n'ont, au sein de ces quartiers, que bien peu d'influence, tant éducative que morale. Aussi la musique est une activité fédératrice sur laquelle nous nous appuyons : elle parle au plus grand nombre et permet d’exprimer ses sentiments, bons ou mauvais, un véritable exutoire salvateur.
Ensuite il y a l’accompagnement scolaire et professionnel, qui occupe la seconde place de notre activité. C'est un élément central, un moyen qui instaure un véritable climat de confiance... ou provoque au contraire l'effet inverse si nous échouons. Les jeunes jugent très vite. Il faut donc être réactif, d'autant plus que la première impression détermine souvent toute la suite du suivi éducatif. Beaucoup de jeunes sont difficiles à accrocher, en particulier pour leurs premiers emplois. Puis il y a tout l’aspect ludique, que nous abordons avec moins de sérieux que la musique, tels que le sport, le graff, et les ateliers informatiques.

L’indépendance coûte chère ?

Oui, son prix est élevé : sans argent, les possibilités sont plus restreintes. De plus, au sein de notre projet socioculturel, nous y poursuivons un chemin analogue à celui que nous avons emprunté il y a des années dans le monde de la musique, à savoir : un projet à zéro euro ! Tout est basé sur la confiance, le donnant-donnant, le partenariat, le sponsoring en clair. Nous donnons la chance aux jeunes que nous croisons d’enregistrer des morceaux de musique, certes dans un home studio sans grands moyens, mais de qualité et surtout gratuitement.

Le public visé est donc uniquement constitué d’adolescents ?

Non, mais les adolescents sont effectivement majoritaires. C’est l’âge où on se cherche parfois timidement, mais aussi l’âge où on s’affirme violemment. Nous tentons de leur inculquer certaines valeurs dont ils pourront plus tard se targuer de posséder. Certains finissent par comprendre qu'il est préférable d'exprimer son sentiment de révolte par le biais d'un titre de rap énervé et revendicatif plutôt que de brûler la voiture du voisin, détruire un arrêt de bus ou saccager le bureau de poste du quartier.
Sinon nous accueillons énormément de jeunes adultes voire même quelques fois des trentenaires. Certains font partie des « pas vu pas pris » depuis de nombreuses années, plus âgés que nous !

Que veut dire l’expression « pas vu pas pris » ?

Cette expression désigne ceux avec qui normalement toute association de prévention spécialisée est censée entrer en contact : un public en rupture sociale, déscolarisé, au chômage et qui n’a aucunement l’envie de chercher du travail, qui vit de l’ennui voire parfois, et je dis bien PARFOIS car c’est loin d’être la majorité, qui vit de trafics en tous genres. Ils sont donc membres des « pas vu pas pris » car pas encore condamnés malgré leurs activités illégales, même si certains sont déjà connus des services de police ou sont récidivistes.

Assez critique des éducateurs de rue ?

Non, je ne ferais pas une généralité, d’autant plus que chez Incorrupt certains sont justement des éducs de rue. Mais il est vrai que je trouve bizarre que des associations qui se vantent de faire du travail de prévention se contentent d’envoyer leurs pseudos éducs à la sortie des collèges et des lycées. Les jeunes scolarisés pour moi ne font pas partie du public visé, à mon sens, par la prévention spécialisé. Il y a déjà de la prévention à propos des risques d’exclusion définitive dans les établissements scolaires, j’en sais quelque chose puisque j’ai moi-même animé pendant une année des cours de citoyenneté dans un collège de Bobigny pour les élèves exclus temporairement. Nous reprenons d’ailleurs cette idée chez Incorrupt : tenter d’ouvrir les yeux du plus grand nombre sur la réalité sociétale française. C’est dans les bâtiments qu’il faut se déplacer, là où personne ne va.

Cumuler son travail, la musique et le bénévolat dans Incorrupt n’est pas trop difficile ?

Si bien entendu, mais je pense que je lèverai le pied le jour où j’aurai des enfants. On me dit de devenir éducateur, mais la plupart que j’ai croisé sur le terrain ne m’ont pas fait bonne impression : soit ils étaient plus des animateurs de quartier que des éducateurs, toujours en train de flamber et de bomber le torse ; soit ils étaient de gentils innocents venus des beaux quartiers et qui, pour se donner bonne conscience, ont choisi ce métier. Je ne supporte pas cette condescendance. Si je dois devenir éducateur, j’espère le devenir en étant indépendant comme je le suis aujourd’hui : je ne rends de comptes à personne. J’ai arrêté les études bien trop tôt mais qui sait ce que l’avenir me réserve…

Les éducateurs de rue sont destinés exclusivement aux sphères urbaines ?

Non non ! Dans les campagnes aussi on s’ennui, on tourne en rond etc. Il serait d’ailleurs temps que les politiciens s’en occupent, je les trouve bien délaissés les jeunes des villages ! Non pour moi un éducateur est réellement performant sur les terrains qu’il connait, où il a vécu. Un éducateur de prévention habitué à travailler en région parisienne pour moi ne peut pas du jour au lendemain être autant performant s’il se retrouve dans une ville de province. Les codes sémiologiques ne sont pas les mêmes, le tissu associatif également, les moyens, les partenaires, les interlocuteurs, les habitants, tout est différent ! Il lui faudra un long temps d’adaptation et encore je doute que cela soit suffisant, comme disait Jean Jaurès : « On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir, on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est. »

Le mot de la fin ?

A ceux qui n’ont jamais la parole, à ceux que les médias stigmatisent quotidiennement, mes pensées vont vers vous !

Source : http://www.assos2terrain/actualite/Incorrupt-records-repond-a-nos-questions.html


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